LA MATRA 530 SX

Ce qu'a réalisé Opel avec son coupé « J » en partant de la base que constitue le coupé GT 1900, Matra vient de le faire avec son modèle SX issu de la Matra 530 LX. II est toutefois curieux de constater qu'à la M 530 avait succédé le modèle LX bénéficiant d'une finition plus élaborée, faisant suite en cela aux critiques qui avaient été formulées à propos de la première version. II semble que les résultats commerciaux n'aient pas suivi l'attente du constructeur qui, voulant intéresser une nouvelle classe de clientèle, a décidé de faire machine arrière et d'offrir cette 530 SX de présentation et d'équipement simplifiés.

Rien n'est changé du point de vue mécanique : le moteur est toujours l'ancien V4 Ford de 1698 cm' développant 75 ch DIN à 5000 tr/mn, le couple maximal atteignant 14,4 mkg au régime de 3000 tours. On peut d'ailleurs se demander combien de temps encore Matra, qui a partie liée avec Simca, donc avec Chrysler, continuera d'équiper sa voiture avec un moteur provenant d'une marque concurrente...

L'abaissement du prix de 20500 à 19900F s'explique par une certaine simplification de la présentation et de l'aménagement intérieur, le constructeur pensant s'adresser à une clientèle plus sensible à l'aspect sportif de la voiture qu'à une finition recherchée. En réalité, la Matra 530 SX ne semble pas diminuée, si ce n'est que sa vocation de coupé deux places - et deux places uniquement - se trouve mise en évidence par la suppression de la petite banquette arrière qui pouvait à la rigueur offrir une ou deux places de secours pour un très court trajet. L'emplacement est maintenant conçu comme un complément du coffre arrière dont le volume utile est moyen. La modification extérieure la plus visible intéresse les projecteurs qui sont maintenant apparents, les quatre phares faisant saillie à l'avant du capot et remplaçant les phares escamotables précédents. Ceci n'est pas grave mais a, en revanche, l'avantage d'assurer un bien meilleur éclairage tout en donnant au conducteur la possibilité de faire des appels de phares. De plus, le réglage, une fois fait, n'est plus sujet à variation. On note, d'autre part, les élargisseurs d'ailes permettant d'adopter des jantes plus larges que celles d'origine, les pare-chocs peints en noir mat comme l'entourage de la prise d'air et les bas de caisse, les nouvelles roues d'un beau dessin. Intérieurement, le fond du boîtier où sont regroupés les cadrans est recouvert d'aluminium satiné et, sous la planche de bord, à droite, on trouve une lampe baladeuse dont les usages sont multiples. On se rend compte, en définitive, que l'équipement n'a pas été sacrifié, la voiture conservant tous ses attributs, exception faite du toit qui est fixe et non plus démontable.

 Les performances
 Les caractères fondamentaux de la Matra 530 n'étant pas modifiés, notre essai a donc consisté en une prise de contact à Montlhéry où nous avons procédé à nos mesures habituelles.

En voici les résultats avec, entre parenthèses, les chiffres obtenus avec une M 530 en 1969

• Vitesse maximale (corrigée) : 175,742 km/h (175,885 km/h) pour une vitesse indiquée au compteur de 183 km/h et un régime de 5300 tr/mn. On remarquera ici que le fait d'avoir opté pour des projecteurs proéminents ne se traduit pas par une perte en vitesse de pointe.

• Compteur en compte-tours :   

Vitesse lue

Vitesse réelle

Régime lu

60

59

2000

80

82.7

2500

100

100

3200

120

118.4

3600

140

134.8

4300

160

151.9

4750

180

172.4

5250

• Accélération

400 mètres DA : 17,8 s (18,3) ; 

1000 mètres DA : 33,5 s (34,4) ; 

de 0 à 60 km/h : 4,9 s (4,8) ; 

à 80 km/h : 7, 6 s (7,8) ; 

à 100 km/h : 11,0 s (12,0) ; 

à 120 km/h : 16,7 s (18,1) ; 

à 140 km/h : 32,0 s.  

• Reprises

de 30 à 100 km/h en 4e : 23,0 s(19,6)   

de 80 à 100 km/h en 3e : 4,1 s (3,8) ; en 4e : 5,5 s (5,5) ;

de 80 à 120 km/h en 3e : 9,3 s (8,8) ; en 4' : 12,0 s (11,9).

Boite de vitesses : au régime de 6200 tr/mn, chacun des rapports de la boîte permet d'atteindre (vitesse réelle) : 59 km/h en 1re, 100 km/h en 2e et 144 km/h en 3e. Ainsi, et des reprises, offrent en contrepartie un niveau sonore moins élevé du moteur qui tourne moins vite aux allures normales, et le maintien de la consommation à un niveau raisonnable, celle-ci dépendant naturellement de la manière de conduire et, surtout, du recours aux rapports inférieurs de transmission.

Circuit routier (9,181 km) : le meilleur tour fut bouclé à la moyenne de 115,408 km/h contre 113,001 km/h avec la Matra M530 dans sa première version. A noter que, dans les deux cas, les voitures étaient équipées des mêmes pneumatiques (Dunlop SP Sport). Le gain ressort donc à 6 pleines secondes sur un tour de « routier » de Montlhéry, ce qui est appréciable.

Nos impressions 
II faut tenir compte, dans la comparaison que nous faisons entre le modèle 1969 et la version 530 SX, du fait que la puissance du moteur a subi l'an dernier une légère augmentation (5ch). 

Cela ne suffit pourtant pas à expliquer le gain appréciable en accélération et en rendement global que nous avons constaté. En réalité, alors que le constructeur annonce un poids inchangé de 935 kg à vide, notre pesée a révélé un poids de 863 kg (dont 466 kg sur l'arrière). 

Dans son ensemble, malgré les modifications de présentation apportées, la voiture n'a pas évolué. Nous avons regretté que la position de conduite ne soit pas mieux étudiée : on est assis trop haut sur un siège dont le garnissage est trop copieux. A tel point qu'un conducteur de grande taille a une vueplongeante sur la route, ses yeux se trouvant à hauteur du sommet du pare-brise (les feux de trafic sont alors pratiquement invisibles).

Un réglage imparfait de la pédale d'embrayage compromettait la maniabilité du levier de changement de vitesses (la griffe est maintenant normalement disposée). Nous avons retrouvé le même comportement général. La direction directe (2,75 tours de volant d'une butée à l'autre) impose une certaine accoutumance mais est d'une remarquable précision ; nous ne nous souvenions pas avoir noté une relative fidélité en tenue de cap comme sur ce dernier modèle. La tenue de route est bien faite pour donner confiance (comportement pratiquement neutre qui devient survireur en cas d'exagération du conducteur en virages serrés et moyens), avec cette réserve cependant que le roulis est assez prononcé et que la puissance disponible est très moyenne. Le mérite de cette suspension à grand débattement est d'assurer un confort excellent sur les mauvais revêtements, mais ce bénéfice se traduit par une certaine perte en efficacité, en particulier lors d'un changement de cap dans un « S » par exemple.

D'un point de vue général, la voiture se révèle lourde dans les mains, du fait de la dureté des commandes. Mais l'impression est trompeuse pour ce qui concerne les performances. Desservie par un bruit d'échappement peu compatible avec l'idée que l'on se fait d'une voiture de sport, la Matra 530 SX se hisse au niveau d'une Renault 8 Gordini ou d'une Citroën DS 21 (carburateur) sur le circuit de Montlhéry. Ce n'est .pas si mal, alors que les très longs rapports de transmission dissimulent la réalité des accélérations. En fait, ses qualités semblent lui nuire dans la mesure où le confort de suspension estompe les sensations sportives pour évoquer en premier lieu une bonne berline de tourisme, dans la mesure aussi où sa tenue de route très sûre prive le conducteur du frisson que peut parfois provoquer la conduite rapide. Mais le résultat est là. II n'en reste pas moins que, si la base de cette voiture est techniquement très intéressante, il serait utile de la gratifier d'une nouvelle carrosserie dont le stylisme original semble être un sérieux handicap. En définitive, nous sommes encore bien loin de la «voiture de sport des copains» à laquelle rêvait M. Floirat...

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