En présentant la nouvelle 530, les dirigeants de Matra nous ont avoué qu'ils se demandaient dans quelle catégorie il fallait la classer. En fait, il semble bien qu'elle n'appartienne à aucun des groupes communément recensés : c'est un nouveau concept de voiture à l'allure sportive, à l'architecture compétition, à la tenue de route super-confortable mais aussi super-accrocheuse propulsée par un moteur bien tranquille peu bruyant, très endurant, mais aussi peu puissant.

MOTEUR CENTRAL

Concevoir une 2 + 2 avec le moteur devant l'essieu arrière peut sembler une gageure. Mais l'ingénieur Guédon, maître d'œuvre de la 530, répond qu'après avoir étudié en détail toutes les possibilités qui s'offraient à lui, cette solution lui parut de loin la plus logique. II faut dire qu'il disposait d'un moteur particulièrement court : le Ford 4 cylindre en V et qu'il a doté sa voiture d'un empattement extrêmement long par rapport à son encombrement hors tout.
A l'actif de cette formule, on trouve un excellent centrage, gage d'une tenue de route, sans défaut. Le passif pourrait être un niveau sonore élevé, des odeurs d'huile dans l'habitacle. Un gros effort a été fait sur ce plan et le petit couvercle qui recouvre l'emplacement moteur, fermé très hermétiquement, procure une isolation à toute épreuve. Quant au volume habitable, il est comparable à celui de la Panhard 24 : un troisième passager à l'aise en travers pour un parcours moyen ou bien deux enfants.

CHASSIS ACIER, CAISSE PLASTIQUE

Le châssis de la 530 est une structure en tôle d'acier, dont la simplicité de construction ne semble pas avoir été le souci premier. Cet ensemble sophistiqué reçoit une caisse en résine époxy, matériau coûteux, mais qui présente sur les plastique utilisés habituellement l'avantage de supporter la cuisson au four de la peinture. Signalons également que la carrosserie est un assemblage de plusieurs éléments boulonnés, ce qui permet, en cas d'accident de changer purement et simplement la partie endommagée, comme s'il s'agissait d'une carrosserie classique en tôle. On voit là combien grand a été le souci de faire de cette voiture un outil d'usage quotidien au budget d'utilisation raisonnable.

GROUPE PROPULSEUR FORD 4 CYLINDRES EN V

Le groupe propulseur choisi est le Ford Taunus 4 cylindres en V dans sa version 1699 cc. C'est un moteur d'une robustesse à toute épreuve qui développe la puissance modérée de 85 CV à 4800 t/m. II est accouplé à une boîte à quatre rapports bien synchronisés.

La suspension est indépendante sur les quatre roues, par triangles superposés à l'avant et roues tirées à l'arrière. Les ressorts sont hélicoïdaux tous les quatre, concentriques aux amortisseurs télescopiques. On remarque une certaine flèche aux arbres de transmission, qui a permis de reculer au maximum le groupe propulseur, pour allonger l'habitacle.
Les freins sont à disque sur les quatre roues, ce sont des Bendix qui sont montés sur la Primula.
La direction est à crémaillère.
Les roues à voile d'acier ajouré, sont de 14 avec des pneus plus gros à l'arrière qu'à l'avant.

LIGNE ORIGINALE

On ne peut reprocher à la Matra 530 de ressembler a une voiture concurrente : sa ligne est très originale. II faudra attendre le verdict du public pour décider si elle est une réussite sur ce plan. En tout cas, II faut souligner que la ligne de ceinture très basse permet une surface vitrée très généreuse : l'habitacle est très clair et agréable, la visibilité exceptionnelle. Peur abaisser le capot, on a monté des projecteurs escamotables. Ceux-ci peuvent sortir très rapidement, pour faire un appel de phare, ils rentrent dans leur coquille sous l'effet d'une pédale. Ce sont des Marchal rectangulaires qui comportent les deux ampoules : phare et code, à iode, dans un même réflecteur.

La Matra 530 sera vendue 16190 F. Sa construction est d'ores et déjà Iancée. Les carrosseries sont moulées à Romorantin, l'assemblage se fait chez Brissonneau-Lotz à Creil, on pense commencer la livraison au mois de Mai. Le programme de construction est de 5000 voitures par an, justifié par le large potentiel d'acheteurs qui souhaitaient un véhicule sortant des chantiers battus, comme celui-ci.

CE QU'EN PENSE JOSÉ

Je n'ai eu, au cours d'une belle journée en Sologne, que le temps d'une trop rapide prise en mains de la nouvelle Matra pour être en mesure de formuler un jugement circonstancié à son sujet.

Sur les trop belles et trop plates routes de cette province que le chasseur apprécie certainement davantage que l'essayeur automobile, j'ai eu en somme l'occasion d'un court rendez-vous qui ne préjuge en rien d'un futur essai complet.
Première observation : le confort, comme la position de conduite, sont exceptionnels grâce à des sièges admirablement dessinés, à une visibilité ahurissante et à l'adoption d'un volant de tout petit diamètre, mais à la jante agréablement épaisse et souple, tout à fait semblable à celui d'une monoplace moderne. Il commande une direction pratiquement parfaite à tous points de vue : légèreté, précision, rapidité de la réponse, absence de réaction. Si la voiture, équipée d'une très souple suspension, roule un peu dans les virages, elle est en revanche, et sous réserve d'un essai dans de plus éprouvantes conditions. très difficile à faire décrocher. Elle semble dotée d'un comportement sinon très amusant, au moins particulièrement sûr. D'autant que les freins, dont nous n'avons pu juger l'endurance, sont très bien équilibrés, puissants et progressifs.
Le moteur n'est certes pas trop bruyant, mais il ne manifeste pas non plus un tempérament excessivement agressif. Je n'ai pu vérifier les performances annoncées par le constructeur (34" au kilomètre, 172 km/h), n'ayant pu obtenir que :
- 400 m départ arrêté: 19"4/10e
- 1000 m départ arrêté : 37"
- Vitesse maximale :162 km à 5200 t/m
- Vitesses maximales lues sur les intermédiaires à 5 750 t/m : 1ère 55 - 2e 95 - 3e 135 km/h.
L'écart est, on le voit, sensible et s'explique par l'état de la voiture qui m'a été prêtée : son moteur totalisait plus de 100000 kilomètres. Ce que je crois bien volontiers, compte tenu de l'empressement que mettaient les soupapes à s'affoler !
Il faudra donc revoir tout cela au volant d'une voiture de série en forme normale. En attendant, la formule m'a paru intéressante parce qu'originale et correspondant à une volonté bien définie : la 530 n'est pas une voiture comme les autres, pas plus dans sa conception que dans sa conduite, et elle bénéficie aussi d'un certain nombre de gadgets valables, dont le plus impressionnant est le toit escamotable, vite et bien rangé sous le capot avant. De plus elle ne manque pas non plus de qualités pratiques, comme la petite banquette arrière, le coffre à bagages de contenance raisonnable, les phares à iode. A revoir donc, le plus vite possible j'espère, et avec grand intérêt .

JR.

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n° 63 Avril 1967

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