Lorsque la
Matra eut pris la succession de l'affaire René
Bonnet, le but principal était de construire des
voitures de sport commerciales. La Jet était bien sur
une belle voiture, rapide, sportive, et d'une conception
moderne. Mais elle présentait un défaut ..
elle n'était pas ce qu'il est convenu d'appeler
commerciale. Elle n'avait que deux places. Les études
de marché réalisées
démontrèrent rapidement qu'il fallait sortir
un autre modèle, plus adapté aux exigences du
client sportif moyen, c'est à dire selon la formule 2
+ 2, et à un prix très raisonnable, en
sacrifiant sur la performance, et en se rapprochant de la
conception des voitures de série normales. On mit
donc sur pied un projet, " voiture des copains ". Pourtant,
cette dénomination ne correspondait pas non plus au
goût du public français, qui n'était pas
disposé à acheter en grande quantité
une voiture dont l'étanchéité
laisserait à désirer, de même que le
confort et la présentation. Or sortir une voiture aux
environs du million d'anciens francs imposait ces sacrifices
à un constructeur ne pratiquant pas la très
grande série. Immédiatement, on mit en
chantier un autre projet. Plus sérieux, plus cher
aussi, mais ouvert à des perspectives commerciales
plus heureuses. Toutes
les photos proviennent de dépliants publicitaires
d'époque. Cliquez
dessus pour agrandissement couleur "Le moins
qu'on puisse en dire est qu'elle n'est pas banale".
Cette
étude fut menée sous la haute direction de
l'ingénieur Philippe Guidon, responsable dès
son entrée chez Matra des problèmes de
suspension et de transmission sur les monoplaces. Les
premiers coups de crayon furent donnés en mars 65. il
aura donc fallu deux ans pour mener à bien cette
réalisation, une équipe de quinze techniciens
s'en étant occupé sous l'égide de
l'ingénieur Pinardeau, second de Guédon et
venant comme lui de chez Simca. C'est à dire que ce
projet fut rondement mené avec beaucoup de
sérieux et avec les mêmes garanties que chez un
de nos grands constructeurs. Chaque détail a
demandé des heures de travail et de mise au point. Au
début, le gros problème était de faire
une voiture qui ne soit pas plus longue que la Jet, tout en
étant aussi aérodynamique. Mais il fallait
qu'elle soit plus spacieuse, de manière à
pouvoir accepter quatre personnes en ville, ou deux
personnes et deux enfants pour les voyages. En outre elle se
devait d'être plus moderne de ligne, avec notamment de
grandes surfaces vitrées. Cela paraissait une gageure
au début, surtout en conservant la technique du
moteur central. Pourtant seule cette formule permet
d'obtenir en même temps un capot avant très bas
pour une visibilité excellente et beaucoup de place
à l'intérieur par l'absence de tunnels de
transmission. De plus les qualités routières
qu'autorise le moteur central arrière, ainsi que
l'isolation thermique des éléments
mécaniques, ne s'obtiennent pas dans d'aussi bonnes
conditions avec un moteur-boîte à l'avant en
position classique. Une fois les cotes d'encombrement bien
définies par les services techniques, il
s'avéra qu'il serait effectivement possible de
construire une voiture à moteur central si ce dernier
n'était pas trop long. Or comme justement des
tentatives d'accord avaient été prises avec
différents constructeurs, on s'aperçut que le
moteur le plus logeable était le Ford V4 de la Taunus
17 M. Ce moteur avait en outre l'avantage d'avoir une
réputation de robustesse à toute
épreuve, et d'être déjà
disposé de manière à pouvoir être
monté directement sans retourner la boîte ni
sans interposer d'entretoise. Pour habiller cette voiture on
s'est adressé directement à un jeune styliste
de talent, Nochet, qui avait des idées très
précises quant à la silhouette de cette
voiture qu'il voulait assez sauvage et
élancée, en même temps que
légèrement futuriste. il adopta donc ce parti
dès le début mais sa première maquette
fut très controversée. On la conserva
cependant après quelques retouches mineures. Je ne
sais pas ce que vous en penserez mais depuis bientôt
six mois que je vois quotidiennement la 530, je me suis
imbibé de sa ligne, et je pense que Nochet eut
parfaitement raison d'imposer avec tant d'ardeur sa
conception des choses. Un trait particulier de cette voiture
réside dans son toit ouvrant parfaitement original
qui peut la transformer instantanément en
décapotable. L'avant rappelle un peu celui de la DS
et plusieurs autres parties de la voiture font penser
à d'autres réalisations, mais une carrosserie
est un tout, et l'ensemble possède une touche
extrêmement personnelle. Le moins qu'on puisse en dire
est qu'elle n'est pas banale. CONCEPTIONS
TECHNIQUES Avec cette
voiture on devrait sortir des sentiers battus dans tous les
domaines. Si une carrosserie très moderne a
effectivement été adoptée, plus moderne
que n'importe quelle autre voiture, si le moteur central a
été choisi, ce qui est également une
prise de position relativement peu courante, les autres
solutions techniques suivent le pas. Ainsi, le châssis
est une espèce de grand caisson en tôle
ajourée, et les éléments de carrosserie
tous en matière plastique, sont au nombre d'une
vingtaine. Or, l'inconvénient des carrosserie en
plastique résidait jusqu'à présent dans
le fait qu'en cas d'accrochage, il fallait tout refaire.
Avec cette disposition à éléments
séparés, cet inconvénient majeur
disparaît, et laisse à la matière
plastique tous ses avantages dont !a principal est
évidemment une grande légèreté.
Mais, me direz vous, comment une rigidité
satisfaisante est-elle obtenue dans cet ensemble? Et bien,
Philippe Guédon a calculé son châssis de
telle façon qu'il puisse recevoir un jour ou l'autre
un beaucoup plus gros moteur, du genre V8 américain
C'est dire que la rigidité de cette plate-forme se
suffit à elle même, et que les
éléments de carrosserie y sont simplement
rapportés et vissés, n'intervenant absolument
pas dans la rigidité de l'ensemble. L'ESSAI Ce n'est ni
une " voiture des copains ", ni une voiture de tourisme, ni
même une voiture sportive. Elle est tout à la
fois, mais c'est avant tout une voiture d'avenir pouvant
aussi bien convenir pour l'usage normal que pour le loisir.
Son tempérament n'est pas ce qu'il est convenu
d'appeler sportif, mais le confort de sa suspension est
absolument phénoménal. La première
fois, on se demande même s'il ne s'agit pas d'un
nouveau système à coussins d'air tant il est
agréable d'avaler pavés et mauvais chemins au
volant de la 530. Le confort de conduite est
également très supérieur à la
moyenne. La direction notamment est d'une précision
exemplaire, n'enregistrant pas les à-coups dûs
au mauvais état de la route, et est aussi directe que
sur une voiture de sport classique. La colonne de direction
est réglable en hauteur, et les sièges
réglables en profondeur, avec des dossiers
inclinables. Ce qui permet, quelle que soit la taille du
pilote, d'adopter une position de conduite détendue
et complètement relax. Le tableau de bord est
très moderne, large et dégagé, et un
boîtier très compact réuni
judicieusement tous les instruments de bord circulaires
devant les yeux du conducteur. La course des pédales
est un peu longue, de même que la course du levier de
vitesses au plancher, mais ces commandes en sont d'autant
plus douces, et leur disposition est excellente. Pour ranger
les affaires, genre cartes, appareils de photo ou paquet de
cigarettes, de nombreux vide-poches ont été
prévus. Les essuie-glace descendent très bas
et viennent s'intégrer sous le capot avant comme sur
les DS ou Rover 2000. Les phares, escamotables, se
manuvrent par un levier au volant, et on les
ramène en position fermée par une
pédale au pied gauche. Les places arrières ne
sont évidemment que des places de fortune, et restent
très inconfortables, du moins pour des adultes. Mais
elles peuvent éventuellement servir à mettre
des bagages supplémentaires. QUALITÉS
ROUTIÈRES Si comme je
l'ai déjà dit, le confort de la suspension est
l'un des principaux atouts de la 530 , de même que la
précision et la douceur de sa direction, ce ne sont
pas là ses seules qualités. La voiture est
extrêmement silencieuse contrairement à ce que
l'on pourrait imaginer d'un moteur central arrière.
D'autre part, la visibilité assez exceptionnelle sous
tous les angles est au dessus de tout reproche. Que penser
de la tenue de route ? Elle est celle d'une voiture
extrêmement sûre, comme une DS 19, mais avec ce
défaut qu'elle se couche dans les virages. Il est
très difficile d'obtenir à la fois une grande
souplesse et une bonne indépendance des roues si l'on
veut que la voiture vire à plat. La Matra a
opté pour cette solution, ce qui lui retire
certainement beaucoup de l'amusement que l'on peut
éprouver à sa conduite. En tous les cas, cela
n'affecte en rien la sécurité ni la tenue de
route, et une belle neutralité a été
obtenue, qui fait de la 530 une voiture au comportement
routier exceptionnel. Le freinage, à disques sur les
quatre roues, a été mis au point en
collaboration avec la maison Bendix, et le résultat
est excellent. La répartition et la stabilité
sont sans reproches, et le freinage reste de toutes
manières très endurant à chaud. Il n'y
avait du reste pas de surprises à avoir, compte tenu
de la dimension de ses freins, dans des roues de 14 pouces
et comparativement au poids de la voiture, qui est de 840
kg. MOTEUR,
BOITE DE VITESSES On ne
pouvait pas s'attendre à quelque chose de
particulièrement exitant, connaissant l'ensemble
mécanique adopté. Il s'agit, je l'ai dit plus
haut, du groupe Ford Taunus de série, d'une puissance
spécifique inférieure à 50 CV au litre,
mais qui a l'avantage de disposer d'un couple très
intéressant, et bien sûr, d'une grande
sécurité mécanique. Le régime
maximum est de 5 500 tours. La boîte de vitesse
étant de série, les rapports ne sont pas
spécialement étudiés en fonction d'une
utilisation sportive, et le trou entre les différents
rapports est assez sensible. La première monte
à 55 km/h, la seconde à 95 km/h, la
troisième à 135 km/h. Mais compte tenu du
couple justement très important sur ce moteur, cet
écart entre les différents rapports est plus
une gène psychologique qu'une réelle perte de
temps dans les accélérations, ou dans
l'utilisation de la voiture. Le moteur reprend en effet avec
une réelle vigueur à partir de 2 500 tours. Ce
qui plaira, j'en suis sûr, à la grande
majorité des utilisateurs. PERFORMANCES La vitesse
maximum de la voiture, que je n'ai pas pu
chronométrer sur une voiture officielle d'essai,
oscillera entre 165 et 170 km/h. Cette vitesse de pointe
correspond réellement à la vitesse de
croisière, car à cette allure, la voiture
reste très silencieuse, et ne semble pas souffrir le
moins du monde. Sur ce plan, c'est une voiture pour
autoroute. Les accélérations, sans être
exceptionnelles, sont pourtant fort honnêtes, et sur
le prototype dont je disposais, j'ai pu chronométrer
les 400 m départ arrêté en 18 secondes,
et les 1000 m en 34 secondes. Ce sont tout de même des
accélérations nettement supérieures
à celles des berlines de prestige, dont la vitesse de
pointe est comparable. LA
VOITURE QUI MANQUAIT EN FRANCE Matra, avec
sa 530, a résolument tapé dans le mille en
lançant une 2 + 2 d'allure et de conception
très sportives, mais qui reste très
civilisée dans son utilisation. Elle conviendra aussi
bien aux jeunes sportifs qui cherchent une voiture
brillante, facile à conduire, pratique, avec son toit
ouvrant, et peu coûteuse à l'achat comme
à l'entretien, qu'aux pères de famille qui
avaient fort envie d'une voiture de sport, sans vouloir en
assumer les inconvénients. La 530 possède en
effet un coffre à bagages non pas
très
spacieux, mais méritant bien son nom. Elle
possède un argument de vente inédit : son toit
ouvrant avec " hard top " qu'il n'est pas nécessaire
de laisser au garage, puisqu'en quelques secondes on peut le
mettre sous la capot avant. Elle devient alors une vraie
décapotable qui conserve tout de même un arceau
de sécurité esthétique. La Matra 530
représente en fin de compte un heureux compromis qui
répond aux exigences ambivalentes des utilisateurs
modernes, soucieux de plus en plus de sortir de la
banalité quotidienne.
Les suspensions, elles, sont beaucoup plus classiques. A
l'heure actuelle on a tout essayé dans ce domaine et
on parle même de classicisme pour les suspensions de
voiture de course. Celles de la 530 sont à triangles
superposés à l'avant, et à roues
tirées à l'arrière, comme pour les
nouvelles Triumph TR4A. Comme je l'ai dit plus haut, c'est
le groupe moteur-boîte de la Ford Taunus qui vient se
loger dans l'espace très restreint compris entre la
banquette arrière et le coffre à bagages. Ce
moteur ne subit qu'un polissage des tubulures d'admission et
d'échappement délogeant ainsi quelques chevaux
supplémentaires, bridés bêtement par les
aspérités dues à la fonderie des
tubulures d'origine.
LISTE DE CONTROLES
|
MOTEUR |
|
TENUE DE
ROUTE |
|
|
TRANSMISSION |
|
POSTE DE
PILOTAGE |
|
|
FREINS |
|
AGREMENT
DE CONDUITE |
|
|
DIRECTION |
|
ACCESSIBILITE
GENERALE |
|
|
SUSPENSION |
|
CONTROLE
QUALITE |
|